
Alain Iriart, président de la Communauté d’agglomération Pays basque, lors de la réunion du conseil communautaire, samedi 26 septembre. © Crédit photo : Fabien Jans
La question n’était pas à l’ordre du jour de la réunion du conseil communautaire, ce samedi 26 septembre. Mais une puissante intervention de la maire d’Hasparren, Isabelle Pargade, a amené le président à une réponse non moins intense
C’est une voix étranglée par l’émotion, mais courageuse, qui s’est élevée dans l’enceinte de l’auditorium Jean-Grenet de Bayonne, théâtre du conseil communautaire de l’Agglomération Pays basque (CAPB), ce samedi 26 septembre. Lorsqu’elle se saisit du micro, Isabelle Pargade s’excuse d’intervenir en décalage avec le contexte : une délibération concernant le rapport d’activité 2025 du Conseil de développement du Pays basque. Mais l’assistance va rapidement sentir le poids du propos.
« C’est une question qui concerne l’ensemble de notre territoire, introduit la maire d’Hasparren. Je veux parler de l’inauguration d’une fresque en mémoire d’un jeune militant d’Iparretarrak, qui est mort en manipulant une bombe destinée à la voiture de la femme du sous-préfet. » Laquelle a défrayé la chronique ces dernières semaines, d’un côté par l’accord qu’elle a reçu de la mairie d’Itxassou pour être peinte sur le mur d’un bâtiment municipal, puis par l’intervention du préfet Simon Fétet, fraîchement entré dans ses fonctions dans le département, demandant son effacement.
Bien qu’objet d’une forte réprobation de la part d’une frange de la population qui l’avait manifestée, dimanche 12 septembre, l’injonction préfectorale avait été prise en compte par la municipalité itsasuar. Le feu semblait éteint.
Lors d’une conférence de presse, mercredi 9 septembre, les membres de Gooxoan ont porté un discours revendicatif, voire vindicatif à l’encontre du représentant de l’État dans le département. Une manifestation a été annoncée, samedi à 15 heures
« Légitimité mémorielle »
Mais la prise de parole d’Isabelle Pargade, qui s’est toujours positionnée en faveur du processus engagé par les Artisans de la paix, tout comme la réponse du président Alain Iriart, ont rappelé la nécessité au bout de ce dernier. Les deux interventions ont reçu une salve d’applaudissements à même de soulever la chape de plomb.
Dans son discours, la maire d’Hasparren s’est d’abord offusquée de la justification portée par la mairie d’Itxassou et l’association Goooxoan, à l’origine de la fresque, qui « était de donner une légitimité mémorielle en comparant toutes les mémoires, c’est-à-dire les combattants morts pendant les guerres de 14-18 et 39-45, et donc ce jeune Itsasuar, mort pendant cette période des années 80. Pourquoi je trouve choquant de comparer ces mémoires ? C’est qu’en 1980, notre pays était un pays libre. Nous vivions dans une république, et c’est encore le cas, dans laquelle la liberté d’expression existait et que chacun pouvait porter ses aspirations politiques de manière démocratique. » Isabelle Pargade a ensuite évoqué le cas de Laurence Samanos, maire de Larressore, particulièrement bousculée par l’émergence de cette polémique.
« Pour que chacun ne reste pas isolé dans sa souffrance et ne respecte pas la souffrance des autres, il faut trouver un chemin commun et s’y tenir »
« Dans cette période des années 80, son mari était policier. Après 11 années d’exercice de sa profession en région parisienne, il était revenu au Pays basque avec sa famille. Il n’a jamais traité des questions basques dans le cadre de son métier. Lorsqu’ils sont revenus sur leur propre territoire, ils ont été victimes de deux attentats. Les deux fois, ils étaient dans la maison lorsqu’elle a explosé. Ils étaient dans leur maison avec leurs trois enfants. Notre collègue est très affectée par cette situation. Je souhaitais lui apporter mon soutien public. »
Et l’édile hazpandar, dans un dernier point, de rappeler que la mobilisation de la société civile, soutenue par les élus, a permis ces dernières années de construire « une paix durable au Pays basque », d’accompagner « la fin de la violence » et « le sort des prisonniers pour qu’ils soient rapprochés de leur famille ». « Nous nous sommes tous mis autour de la table, rappelle-t-elle. Il n’a été demandé à personne de renoncer ni à son histoire, ni à sa mémoire. Nous avons acté la volonté d’avancer ensemble sur notre territoire avec nos diversités. Aujourd’hui, il me semble important d’affirmer collectivement que l’on a envie de continuer dans l’esprit de Bake Bidea. »
Les deux mouvements ont fédéré la société civile dans le but de résoudre le conflit basque et largement contribué au désarmement d’ETA, le 8 avril 2017. Ils cessent d’exister, en tout cas dans leur forme initiale
« La paix et pas la guerre »
C’est ce qu’envisage Alain Iriart, le président de la CAPB, en proposant la création d’une commission au sein de la collectivité, afin de poursuivre le travail autour « du devoir de mémoire, des mémoires. Pour que chacun ne reste pas isolé dans sa souffrance et ne respecte pas la souffrance des autres, il faut trouver un chemin commun et s’y tenir. Cette fresque aujourd’hui montre que les mémoires, les souvenirs et les souffrances sont toujours là. Ne rajoutons pas de la souffrance à la souffrance, s’il vous plaît. Continuons de bâtir ensemble notre société, la société basque dans laquelle nous sommes engagés, les uns et les autres ».
Un sujet qui devrait faire partie de ceux abordés avec le préfet, lors d’une rencontre programmée cette semaine. Dans un positionnement que les propos d’Alain Iriart dévoilent, lui qui appelle à « un droit de vérité. On l’a vu dans d’autres affaires, d’autres souffrances et d’autres drames, comme à Bétharram, où les acteurs se disent qu’il faut se retrouver pour réfléchir ensemble. Il s’agira sans doute de se faire aider, peut-être par des acteurs extérieurs qui ont travaillé aussi en Pays basque et ailleurs à la résolution de ces difficultés, pour s’engager de façon résolue, déterminée, irrévocable à la paix et pas la guerre ».
Fabien Jans – sudouest.fr
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